Adieu mademoiselle

 

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Une debordienne  catholique, cathodique.

Ce lourdaud suffisant, cet insatiable gribouilleur, Juan Asensio, est si maladroit qu’il ne sera jamais capable d’autre chose que de se démolir lui-même dès l’instant où il prend la plume. Qu’il nous parle du piétisme de Bernanos ou de la figure de Madame de Montbazon, il est tellement à côté de la plaque, il a tellement pour manie d’insulter le talent, que dès que je lis une seule ligne de son perfide verbiage pédant, attaquant quelqu’un ou quelque écrit, immanquablement je m’y intéresse. Si, de plus, son complice, qui se prend pour un nobliau clermontois et se dit qu’il aura peut-être un jour besoin des services de ce grand critique littéraire, lorsqu’il publiera son deuxième roman (je n’ai pas écrit second) toujours coincé dans une clé USB au fond d’un coffret venu de l’Orient, dont la serrure grince et rechigne en criant, si son complice, Marien Defalvard, en rajoute une louche : « Une femme qui boit de la bière, quelle horreur ! »…

Donc, j’ai acheté – et lu – l’essai d’Eugénie Bastié « Adieu mademoiselle ».

Brillant – et je le dis sans ambages et avec d’autant plus de sincérité, que mes louanges sont aussi allées à « Du temps qu’on existait ».

Je désespérais de retrouver la puissance de l’esprit subversif. Avec Eugénie Bastié, l’esprit subversif a changé de camp, mais il n’a pas changé d’âme. Après avoir refermé son livre, je n’ai pu m’empêcher de penser à celui de Raoul Vaneigem « Le Chevalier, la Dame, le Diable et la Mort. » Si différents et si semblables, au fond.

Vaneigem :

« Il a fallu, pour rendre aux mâles une délicatesse malmenée par la morgue virile, que les femmes les prennent par la main et les guident avec sollicitude sur les voies d’un affinement dont la tête mieux que la queue leur remontrait l’exigence »

Bastié :

« Qu’est-ce que la féminité ? Je le sais intimement, sans pouvoir le dire autrement qu’en la décrivant. Mais que serait un monde sans différence sexuelle, ou plutôt sans raffinement de la différence sexuelle ? Assurément, un monde sans littérature et un monde sans vie. »

Eugénie Bastié prend du temps pour dénoncer et ridiculiser les contradictions des « féministes », le mimétisme crispé du militantisme des seins nus, les vacillantes certitudes des apologues de la théorie du genre, la confusion des sentiments homosexuels féminins et masculins, et, au-delà des tropismes – pulsions intellectualistes –,  des bruits et des fureurs  qui voudraient conduire  les femmes déjà émancipées à une fatale prostitution sur les boulevards de la marchandisation, du salariat, de l’esclavage d’une apparence reformatée par la société de consommation, de la soumission de l’intime à la norme d’une sexualité recomposée dans les rôles du féminin et du masculin imposés par le marketing, jusqu’à la modélisation de la sexualité par la conformation pornographique.

« Soumission », à la Houellebeck. J’avais lu ce livre un peu différemment, mais au fond, pourquoi pas ? Le pseudo féminisme est inévitablement le complice du voile et de la soumission. Et c’est d’ailleurs pourquoi les féministes, finalement, s’en prennent davantage à une sorte de machisme de fiction qu’à la réalité du sort des femmes.

Eugénie Bastié est pourtant optimiste. Elle ne croit pas à la fin de la différentiation des sexes, que les féministes semblent appeler de leurs ardeurs. Elle aime encore les classiques, à la Françoise Giroud, à la Simone Veil, même si elle est un peu narquoise concernant Simone de Beauvoir. Mais, c’est une journaliste, donc elle appelle souvent des pipoles à la vindicte de sa verve acérée : Judith Butler,  Najat Vallaud-Belkacem,  Anne-Cécile Mailfet, Caroline de Haas, et tutti quanti, qui finiront pourtant, sans nul doute, dans les oubliettes du castel médiatique aussi vite qu’elles se sont montrées sur son donjon – un défaut de jeunesse ; il faut bien s’alimenter.

J’aime son christianisme suranné. Christianisme ? Je devrais dire catholicisme. Et c’est vrai, le catholicisme a été la religion du respect de la femme, de son émancipation.

Mais l’amour courtois, c’était au début du Moyen-Âge. Dans ces temps la religion était subversive. Les prêtres mariaient les jeunes gens contre la volonté des parents. La subversion, c’est ainsi que toutes les religions s’établissent, se répandent, se promeuvent, aujourd’hui comme hier. Mais, déjà, au XIVème siècle, on ne mariait plus contre la volonté des parents ; les temps avaient bien changé. Tandis que les inquisiteurs brûlaient les médecins, les sages-femmes (aujourd’hui, on dit « sages-femmes » pour des hommes exerçant ce métier, les féministes le feront-elles interdire ?) et autres hérétiques possédés, les prêtres passaient dans les rues pour enregistrer par les fenêtres ouvertes les testaments des pestiférés mourants. Il y a une saison pour les semailles, et une autre pour la récolte.

Moi, je suis pessimiste. Je crois que l’on va effectivement vers l’indifférenciation des sexes – on est déjà parvenu depuis des décennies à la dissociation de la sexualité et de la procréation,  et, simultanément, à la dissolution du projet amoureux, à la disparition du discours romantique.  Le féminisme est sans doute la défaite des femmes, car il est simultanément celle des hommes. A terme, les hommes ne seront plus nécessaires.

« La division à partir d’un gamète femelle non fécondé, qui s’apparente à une reproduction asexuée est commune chez les insectes, mais plus rare chez les mammifères. Pourtant, bingo, en 2004, l’étude très médiatisée d’un groupe de chercheurs nippo-coréens démontre que deux ovules peuvent accoucher d’une souris, semblant ainsi lever l’interdit. Hélas, les scientifiques asiatiques d’avant-garde précisent aussitôt que sa mise en œuvre chez les humains est quasiment impossible » (page 175 – Editions du Cerf 2016).

Je ne le crois pas. Ceci deviendra possible avant peu de temps. La reine des abeilles choisit elle-même en puisant dans sa réserve de semence masculine, de donner naissance à un faux bourdon ; si elle n’y puise pas, elle donnera naissance à une abeille. On se demande à quoi servent encore les faux bourdons. Lorsque l’on aura mis au point la fécondation asexuée chez l’humain, on se demandera s’il vaut la peine de donner naissance à des mâles. Peut-être en préservera-t-on quelques spécimens, pour le fun, comme on dit. L’évolution des mœurs, en tout cas, nous montre que nous sommes sur ce chemin.

Je ne voudrais pas terminer mon commentaire sur cette sombre perspective, car, en définitive, ce que j’admire, ce que j’aime surtout chez Eugénie Bastié est son style puissant, précis, incisif, percutant, aux images limpides, miroirs où se reflète la profondeur de l’être.

Une réflexion sur “Adieu mademoiselle

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